Gérard Collomb : Nous sommes toujours dans le type même de décision de Nicolas Sarkozy. Cela surprend tout le monde. Je crois que cela a surpris les élus locaux, moi-même évidemment. Cela a surpris l'ensemble du personnel hospitalier lyonnais qui n'en avait jamais entendu parler. Cela a dû surprendre un certain nombre de ses ministres. Alors, j'ai fait ma petite enquête et j'ai regardé de quoi il retournait exactement.
Auprès de qui, vous avez fait l'enquête ?
Auprès des milieux hospitaliers lyonnais en leur demandant : mais enfin qu'est-ce que c'est, qu'est-ce qu'on peut créer ?
Et leur réponse ?
Je me suis aperçu qu'en 2002 a été créé un plan de création d'unités hospitalières spécialement aménagées - c'est le nom de ces structures - qui doivent accueillir en France les détenus qui ont des problèmes psychiatriques. Et, le plus avancé était celui de Lyon puisqu'il doit ouvrir en 2009. On a donc puisé, si je puis dire, dans cette réserve celui qui était le plus avancé et on a décidé qu'on le consacrerait spécialement aux problèmes des pédophiles. C'est comme ça qu'est née l'idée un peu brutale de cette Unité Spéciale.
Donc, ce n'est pas un hôpital qui va sortir de terre dans les deux ans ?
C'est un hôpital qui était effectivement en préparation, qui devait voir le jour en 2009 et qui va être transféré de détenus psychiatriquement atteints, mais dans d'autres domaines du comportement, à la pédophilie. Je pense, j'espère par contre, parce qu'on a besoin de tout, que ce seront des moyens nouveaux qui seront injectés et pas un simple transfert entre les deux.
Au total, vous trouvez que c'est une bonne idée et vous voulez être associé à la suite de la préparation ?
Ah, je le souhaite. Oui, je pense qu'effectivement on a un véritable problème qui est qu'un certain nombre de détenus sortent de prison aujourd'hui avec des troubles psychiatriques graves et qu'en particulier, les détenus qui l'ont été pour pédophilie, commettent des actes abominables. Et moi qui suis père d'une fille de 3 ans, d'un garçon de 11 ans, je veux dire que chaque fois, par exemple, cette idée hante mon épouse : mes enfants pourraient rencontrer un pédophile.
On devrait, d'autant plus quand on est au gouvernement, faire attention à vous, à vos sondages. Les sondages qu'il y a actuellement sur vous, à Lyon, notamment un sondage de l'Institut Fournier paru dans le mensuel Lyon Mag, vous donnent en bonne position pour les municipales avec 39% au 1er tour contre 27% à Dominique Perben, ancien ministre UMP et 17% à Anne Marie Comparini. Vous pensez que les jeux sont faits pour les municipales ?Ah, les jeux ne sont jamais faits. Quelqu'un qui dirait que les jeux sont faits à l'avance se tromperait beaucoup. Non, simplement, par exemple au 2e tour, c'est du 58/42, cela veut dire que les Lyonnais se reconnaissent assez largement dans l'action que nous avons menée, à la fois de restructuration en profondeur de cette ville. Par exemple pour éviter qu'un problème majeur ne demeure, celui de la fracture sociale des différents quartiers de l'agglomération. Puis, en même temps, qu'ils reconnaissent qu'il y a quelque chose qui a changé dans cette ville. Nous avons été les inventeurs de
Vélov qui, aujourd'hui, plaît tellement aux Parisiens...
... sous le nom de Vélib à Paris. Ca joue en votre faveur. C'est bien vu ?Oui, si vous voulez, je crois qu'il y a deux éléments qui ont marqué profondément les Lyonnais. D'abord, la mention des
Vélovs parce qu'il est vrai que, si vous voulez, ce n'est pas simplement un moyen de transport, c'est un moyen de pacifier une ville, de la rendre plus agréable, plus conviviale pour l'ensemble de ses habitants. Et puis, il y a un deuxième grand thème qui plaît beaucoup aux Lyonnais, c'est l'aménagement que nous avons fait des berges du Rhône. On va dire, pour simplifier, que les berges du Rhône c'est Paris plage mais toute l'année et pour l'éternité, en tout cas pour quelques années. Et donc, cela enthousiasme les Lyonnais.
Parlons de l'éternité du Parti Socialiste. Il fait sa rentrée plutôt en ordre dispersé. Dans quel état est le PS, à votre avis ?
Il a subi un traumatisme. Chaque fois que l'on subit une défaite on s'interroge et il est normal que chacun dans son coin, à sa manière, essaie de trouver les raisons de cette défaite. Moi, je crois qu'il faut que le
PS évolue profondément. On parlait de ma ville. Mais quand on regarde finalement l'action des grands maires socialistes dans les villes de France, on s'aperçoit qu'ils réussissent magnifiquement. Et ce qu'ils feraient au niveau local, ils ne seraient pas capables de le refaire au niveau national ? Je ne le crois pas.