mercredi 2 mai 2007

Tribune dans Lyon Capitale

Il y a dans la vie politique d'un pays, des moments rares où l'on a le sentiment que l'histoire s'accélère, que les vieilles citadelles des habitudes, des préjugés et des raisonnements préétablis sont en train de s'effondrer...
C'est un de ces moments que nous sommes en train de vivre.Nous le devons d'abord au peuple français, qui en votant massivement au 1er tour et en délivrant dans les urnes des messages forts, aura montré son envie de voir la politique reprendre toute sa place, sur des bases nouvelles, adaptées à la complexité du monde d'aujourd'hui.Nous le devons ensuite à Ségolène Royal.

Prenant la mesure de la grave crise morale qui minait le pays, de la défiance du peuple envers ses représentants, elle aura, en femme libre, à chaque étape de sa campagne, su bousculer avec constance et courage conventions et tabous pour aller à la rencontre des Français. Elle aura imposé les débats participatifs, phase d'écoute citoyenne, qui ne sont pas pour rien dans cet élan civique que nous constatons aujourd'hui. Elle aura fait émerger le thème de la « politique par la preuve » en s'appuyant sur les expériences innovantes des collectivités locales.
Loin des slogans éculés, des constructions politiques purement intellectuelles ou idéologiques, elle aura ainsi élaboré son pacte présidentiel en s'appuyant sur le réel, l'expertise des citoyens et l'expérience du terrain.
Enfin, dès le lendemain du 1er tour, tout en rassemblant son camp, elle aura su enclencher une dynamique d'ouverture et de dialogue en tendant la main, à tous ceux qui ont compris que le monde d'aujourd'hui exigeait une nouvelle construction politique.A Lyon, j'expérimente cette conception ouverte de l'action publique qui cherche à rassembler plus qu'à diviser, à négocier plus qu'à imposer, à fédérer les énergies au lieu de crisper les positions.Je dirige la Communauté Urbaine autour d'une majorité de projets qui associe l'ensemble de la Gauche, les Écologistes et une partie du Centre.
Cette approche pragmatique, n'est synonyme ni de faiblesse, ni d'impuissance.Nous prenons des décisions fortes dans tous les domaines et notre agglomération avance.
Je suis heureux de voir que Ségolène Royal a su impulser une dynamique de même nature et que le «laboratoire Lyonnais» éclaire, par la preuve, la pertinence de sa démarche.Certes, la tenue du débat télévisé entre Ségolène Royal et François Bayrou a longtemps été incertaine, tant les pressions ont été fortes pour tenter d'empêcher l'éclosion d'une approche innovante, renouvelée et moderne du débat public.
Pourtant, malgré leurs immenses moyens d'influence et leurs efforts dérisoires pour retarder l'inéluctable, les forces conservatrices ont d'ores et déjà perdu la partie.Plus rien ne sera jamais comme avant. Il appartient maintenant au peuple français de donner le 6 mai, en élisant Ségolène Royal, le coup d'accélérateur décisif pour faire rentrer notre pays dans la modernité politique.Ségolène Royal promeut une France apaisée et ouverte, capable d'associer sécurités collectives et promotion de l'initiative, prenant en compte l'urgence écologique, apte à faire du progrès social le moteur d'une nouvelle dynamique économique en mobilisant autour de l'Éducation, de la Recherche et de l'Université les forces de la jeunesse et de la création.Le vote Ségolène Royal, c'est la garantie d'un État impartial délivré des clans et des castes, qui rend compte et qui rend des comptes.Le vote Ségolène Royal, c'est le vote de la France unie, de la France qui fédère et libère ses énergies plurielles.

6 commentaires:

josé a dit…

Vous parlez dans votre texte de laboratoire lyonnais, je parlerais plutôt (sans soucis bien sur de porter le mauvais oeil) d'un modèle précurseur car je n'oublie qu'à Lyon, en 1995, est né aussi la gauche plurielle.

simone a dit…

Merci pour cette tribune qui au bon moment éclaire vraiment le choix que nous avons à faire et lui donne la force de la preuve, du concret contre la démagogie et le populisme ambiant.
Je pense que les lyonnais sauront s'en saisir pour voter dimanche et ouvrir la voie du seul changement réel , moderne, celui que porte Ségolène Royal

béa rouge a dit…

J'aime beaucoup votre texte. Mais si, il faut le reconnaître, c'est à la mode en ce moment (cf. itw Delors dans le dernier JDD) au moins vous avez le mérite d'annoncer clairment vos intentions et de délaisser la langue de bois. Un élu qui s'engage c'est, malheureusement, rare.

sophie a dit…

Je crains que le vote "Sarko" n'emporte tout sur son passage tuant dans l'oeuf l'idée même d'une autre voie politique possible en France et dans laquelle vous semblez vouloir vous inscrire. En tout cas je continue de vous soutenir car votre action à Lyon prouve que les responsables politiques ont vraiment le pouvoir de faire bouger les choses.

victor a dit…

La politique par la preuve : voilà un thème qui sonne bien et dont le futur gouvernement devra s'inspirer. Car les électeurs qui se passionnent pour ces présidentielles attendent des résultats concrets de l'action publique. A Lyon, ils peuvent voir par eux-mêmes le changement de leur ville. C'est pourquoi je pense que vous serez maire de cette cité encore quelques années !

jean-paul dailloux a dit…

Recomposer enfin un pôle de centre-gauche


La recomposition consécutive à l?actuel scrutin amènera-t-elle l?émergence durable d?un pôle de coalition au centre-gauche ? Mieux vaut tard que jamais, cette recomposition aurait pu arriver dés 1988 si les appareils partisans n?étaient aussi figés dans leurs certitudes égoïstes.
La stratégie d?union de la gauche a eu son heure de gloire et son utilité historique. Il s?agissait de sortir de son ghetto le Parti communiste et sa base ouvrière qui représentait plus de 20% de l?électorat. Sans lui, il était impossible de construire une force d?alternance aux majorités gaullistes et de droite qui monopolisaient le pouvoir politique de 1958 à 1981.
La Constitution de la Vème République ne permettait pas d?autre stratégie, puisqu?elle concentre de manière simpliste tout le débat politique sur le choix du Président de la République. Il est temps que les tares de ce régime soient enfin reconnues. Le spectre d?un retour à la IVème République a été suffisamment agité pour empêcher toute évolution.
Depuis vingt ans, les électeurs se sont complus dans les alternances successives, parfois mâtinées de cohabitations. Chaque bloc a cultivé la césure irrémédiable entre droite et gauche, les ouvertures proclamées étant restées marginales. Chaque nouvelle équipe arrivant au pouvoir s?est efforcée de prendre intégralement le contre-pied de ce qu?avait réalisé la précédente.
Mais l?environnement international et économique n?est plus ce qu?il était dans les années 1960 à 1980, depuis la chute de l?empire Soviétique et la mondialisation. Les populations défavorisées de 2007 ne ressemblent plus à la classe ouvrière d?après-guerre. Même les classes aisées craignent de voir tomber leurs enfants dans la précarité. Le lien entre progrès technique et progrès social n?est plus ce qu?il était. L?aspiration à la solidarité ne peut plus se résumer à une redistribution étatique autoritaire au moyen d?une fiscalité pesante. L?évolution démographique pèsera sur les politiques les mieux intentionnées.
La démocratie peut être comprise de deux manières. Dans sa première acception, toute majorité fût-elle minime est investie de tous pouvoirs pour installer son équipe et réaliser son programme sans concessions, puisque l?onction du suffrage lui a conféré l?infaillibilité.
Il existe une seconde manière de comprendre la démocratie, comme un régime favorisant des compromis entre des intérêts divergents et des aspirations multiples, dans la mesure où ils ne sont pas contraires aux droits primordiaux des citoyens. Ces compromis sont nécessaires pour que la vie sociale ne tourne pas aux épreuves de force successives et stériles.
Il apparaît donc indispensable de trouver de nouvelles convergences pour répondre aux défis de notre temps, en s?appuyant sur les fondamentaux des forces de progrès de tous les temps.


Jean-Paul DAILLOUX