vendredi 8 octobre 2010

Convention nationale du PS


" Pour un avenir européen ! "

Demain le PS tiendra sa convention "Nouvelle donne internationale et européenne" devant fixer les grands axes de la politique extérieure de la France après 2012. L’international a toujours été au centre de mon engagement. C’est vrai dès la fin des années 80 quand, Secrétaire national du parti chargé des organismes associés, je suis mandaté par Pierre Mauroy pour créer une structure de coopération internationale. Ce sera, en 1992, la Fondation Jean Jaurès. En même temps que je mène l’opposition au conseil municipal de Lyon, je parcours le monde. Chaque voyage est alors pour moi une réelle source d’enrichissement. Ces expériences me sont extrêmement précieuses dans la compétition que depuis une dizaine d’années se livrent les métropoles européennes. Nos villes, nos agglomérations, nos régions sont confrontées tous les jours aux réalités de la mondialisation. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le projet socialiste que nous devons présenter aux Français ne peut plus être celui des années 70. 


La mondialisation a complètement rebattu les cartes du jeu politique national. Malheureusement, on veut continuer à faire croire aux Français que l’on pourra apporter des solutions à leurs problèmes à l’échelle hexagonale. Nicolas Sarkozy, le premier, se perd dans l’illusion de la "toute-puissance" de l’Etat-nation, feignant d’ignorer les limites que lui pose l’apparition sur la scène mondiale des pays émergents, Brésil, Inde ou encore Chine. Tous les jours, pourtant, des événements viennent nous rappeler cette réalité qui rend la compétition difficile. C’est, ces jours-ci, avec la Russie, celui concernant les exportations de viande. La gauche, elle, n’est pas encore sortie de cette illusion hexagonale. Or, pour l’emporter en 2012, il va bien falloir dire la vérité aux Français et leur expliquer que s’il y a des décisions qui doivent se prendre à l’échelon national, d’autres, de plus en plus nombreuses, ne peuvent se prendre qu’au niveau européen et d’autres encore dans le cadre d’une coopération internationale renouvelée.

" Une crise de l'Etat-nation... " 

"Si la France est notre patrie, l’Europe est notre avenir" disait François Mitterrand. Plus que jamais ses paroles sonnent juste ! Alors qu’un peu partout en Europe rejaillissent les nationalismes, martelons qu’aucun Etat-nation ne peut réussir seul, sans une Europe politique et économique forte. La crise de l’Europe n’est que la traduction de la crise des Etats-nations qui la composent : ce qu’il faut, ce n’est donc pas moins, mais plus d’Europe. Les nations européennes apparaissent sur le plan politique comme sur le plan économique, des maillons faibles, de notre économie globalisée. Les échecs des stratégies du repli, nous en voyons les effets, avec notre vieux continent affaibli, devenu la cible de la spéculation. Avec une croissance de près de 10% cette année, la Chine est, elle, déjà sortie de la crise. L’Inde et le Brésil sont sur le même chemin. Puissions-nous en conclure une bonne fois pour toutes à l’impossibilité de conduire des politiques purement nationales ! Sans quoi on continuera à berner les Français, comme on le fait à grands renforts de slogans à chaque nouvelle élection présidentielle. Ça n’est pas ma vision de la politique.

Je suis un Européen convaincu. Car pour moi, l’Europe reste le meilleur moyen de peser dans la mondialisation. Ne serait-ce que pour y jouer notre rôle et maintenir ce haut niveau de vie et de protection sociale auxquels nous sommes tous attachés. J’entends les critiques fuser à propos de l’Europe. Je réponds que nous avons eu raison d’instituer un marché et une monnaie uniques comme nous avons eu raison de réunifier notre continent avec l’élargissement. Pour des raisons économiques mais aussi politiques ! Les choix pris à la fin des années 80 et au début des années 90 étaient les bons. Ils exprimaient une vraie vision historique de la dimension européenne. Par contre, force est de constater que depuis 10 ans, l’Europe est en panne. A qui la faute ?

Primo, nous n’avons pas su développer suffisamment des politiques industrielles européennes. Mis à part l’expérience d’EADS, initiée par Dominique Strauss-Kahn, chaque pays a misé sur ses propres champions. Nous en payons aujourd’hui le prix fort. Il n’est qu’à voir les remous entourant le choix d’Eurostar de Siemens plutôt que d’Alstom. Au fond, qui perd à la fin ? Sinon l’Europe dont les règles anti monopolistiques ont bridé la capacité des entreprises à se développer à l’échelle de notre continent et les a contraintes à trouver des débouchés ailleurs. On pourrait tirer les mêmes conclusions de nos politiques défaillantes en matière de recherche et d’innovation. Face à cette situation, j’entends de plus en plus cette petite musique allant de Sarkozy à certains élus socialistes, évoquant la possibilité du retour à des formes de protectionnisme. A coup sûr, ce serait une erreur fatale ! L’Histoire nous l’a d’ailleurs appris. Ce n’est pas avec du protectionnisme que l’Europe peut renouer avec une dynamique. Bien sûr, certains rétorquent que les grandes puissances, des Etats-Unis à la Chine, se posent moins de questions… Mais pour moi, mieux vaut faire tomber les barrières des autres que d’en construire de nouvelles. C’est pourquoi les notions de "juste échange ou d’écluses sociales et environnementales" figurant dans le projet du PS me semblent illusoires. Pire encore, elles n’ont aucune chance d’être adoptées un jour. Car cela supposerait un accord au plan européen et la souscription de nations comme l’Allemagne. Impossible, évidemment, pour ces pays exportateurs ! Donc, pour être crédibles sur ce sujet et convaincre nos partenaires, je crois que la France doit d’abord chercher à renouer avec sa compétitivité et à réduire son déficit commercial. Le reste, encore une fois, n’est qu’illusion !

" Pour un fédéralisme européen... "  

Aujourd’hui l’Europe est malade de la crise. J’aborde ce problème dans le livre que je suis en train d’écrire et qui paraîtra d’ici la fin de l’année. J’analyse les raisons profondes qui nous ont amenés dans cette situation guère brillante. Manque de solidarité, manque d’unité, manque de coordination politiques  ! Tout cela a beaucoup pesé. Outre le redressement d’une Europe en déclin dans une compétition mondiale acérée, il nous faudra mener des politiques de rigueur, ce qui évidemment risque de rendre plus ardu encore la relance de notre économie. Pour moi, une chose est claire : la croissance est le seul antidote pour sortir de la dette publique et de la stagnation. Notre salut passe inéluctablement par une plus grande intégration européenne, avec la volonté, à terme, d’aller vers un vrai fédéralisme. Nous ne progresserons dans cette voie que dans un nouveau compromis avec l’Allemagne. Voilà, quels devraient être les axes de la politique française pour les prochaines années, les axes qui devraient être au cœur du prochain mandat présidentiel.

Comme le dit Pierre Moscovici à la veille de cette convention du PS, "ce texte est beaucoup trop prudent sur l’Europe !" Je le crois moi aussi. C’est pourquoi nous devons aller plus loin et nous ouvrir à des horizons plus larges ! Nous progresserons dans la voie d’un fédéralisme européen qu’en faisant avancer la démocratie. Car le fédéralisme que j’appelle de mes vœux ne peut être fondé que sur l’adhésion des peuples et donc, il nécessitera de recourir au référendum. Il nous faut également repenser à des élections européennes véritables, qui ne soient pas des scrutins nationaux déguisés ! L’Europe, enfin, doit avoir une visée historique, se rassembler dans un projet de société commun.

Le monde tel qu’il va en ce début de 21e siècle exige de raviver la flamme européenne. Si nous ne le faisions pas, le risque serait à terme de voir l’Europe marginalisée face aux grandes puissances internationales. Nous serions alors absents de la course pour relever les grands défis auxquels notre monde est confronté, comme celui de l’urgence écologique. Qui n’a pas en mémoire le cinglant échec du sommet de Copenhague ? Ce qui est vrai en matière environnementale l’est également au niveau du modèle européen qui entend concilier efficacité économique et protection sociale. Si l’Europe retrouve son énergie, sa croissance, son optimisme, alors elle retrouvera la capacité à faire rayonner ce modèle hérité d’une grande et riche civilisation.

Voilà les réflexions qui me viennent à l’esprit en cette veille de Convention nationale du PS. Hannah Arendt en appelait à "tenir la promesse démocratique". Sa pensée doit engager notre façon d’envisager le monde de demain, d’y préparer les Français en ne leur cachant rien des enjeux véritables de ce débat.

13 commentaires:

Anonyme a dit…

Vous allez le voter ce texte ?

Didier Guillot a dit…

Je m’abstiendrai sur le texte de la convention sur l’international ...

1OO pensées pour VOUS ! a dit…

La crise serait-elle vraiment celle des " Etats-Nations", ou plutôt le trou noir sans fond(s) creusé par les prédateurs du monde de la finance ( Mondialisée...,), qui jouent au casino de leur Bourse de la perversité...70 fois le montant du PIB mondial ?
Aux frais du con-tribuable, bien sûr.

Dernier exemple : cinq milliards d'amende ( justifiés !) pour Kerviel. Mais il ne pourra jamais les payer, chacun le sait, même ses juges. Donc, comme sa SG est sortie blanchie du procès, elle aura perdu cinq milliards. Qu'elle va revenir mendigoter au FMI ou à la BCE.

Travaillons plus et plus longtemps, pour que les intouchables continuent à piller plus : il faut de plus en plus de pauvres pour alimenter un riche...

hervé a dit…

Vos critiques sur ce texte sont recevables...
Le PS méritait mieux que cette collection de poncifs.


Ayons le courage de le dire.

L'unité au prix de la liberté ?

L'unité au prix du mensonge aux français ?

...

Vous avez fait vos choix, et vous avez fait les bons.

Amitiés,


Hervé, militant PS, LILLE.

Anonyme a dit…

"Donc, comme sa SG est sortie blanchie du procès, elle aura perdu cinq milliards. Qu'elle va revenir mendigoter au FMI ou à la BCE."

La SG n'ira rien quémander au FMI ou ailleurs.
La SG a déjà passé en pertes exceptionnelles ces 5 milliards, donc elle baisse son impôt sur les société d'un tiers sur ces 5 milliards. Et hop, ça de gagné pour elle. Au frais de la collectivité.

Marilou a dit…

Initialement, je n'ai pas tellement compris vos critiques sur la direction du PS...

Mais, au fil des mois, je prends conscience que les positions prises par Martine, sous l'influence de Benoit Hamon sont intenables.

J'ai lu vos nombreux textes sur le modèle lyonnais, sur la manière dont vous avez pu faire des logements sociaux dans une ville comme Lyon, comment vous avez désenclavé les quartiers tout en préservant la compétitivité de votre ville...et même en la faisant monter dans les classements internationaux.

DSK, Mosco...ou vous, M. Collomb!, je l'espère !

nous aurons besoin que quelqu'un défende la parole sociale-réformiste.

Bonne continuation,

1OO pensées pour VOUS ! a dit…

@ Anonyme,

"...ne devra pas mendigoter..."
Exact. Ma formulation était trop lapidaire, encore une fois. Mais ça revient à peu près au même : grâce aux effets fiscaux de ces "pertes exceptionnelles", elles figurent, en tout ou en partie, au passif du con-tribuable.

@ Marilou,

Pourrais-tu nous expliquer quelle(s) différence(s) tu vois entre les politiques économiques et fiscales de DSK et Sarkozy ?
D'avance, merci !

Gérard Eloi

Anonyme a dit…

Gérard Eloi

La grosse différence, c'est que la politique économique de DSK a fonctionné en 1997/2000 (2 millions d'emplois créés, 900.000 chômeurs en moins, une croissance supérieure à la moyenne européenne, une dette en baisse).
Sarko, c'est précisément l'inverse, ce qui ne fonctionne pas.

Ca fait déjà une grosse différence. Le socialisme qui marche, ça te dit qqch?

Anonyme a dit…

Ok sur le fond mais à un moment il faudra bien jouer collectif

Et puis reprocher au Ps des pratiques qui sont le quotidien de la gouvernance à Lyon , commençons à balayer devant la porte de l’hôtel de Ville ....Merci à Barbarin pour son message
Sinon Lyon est une belle ville qui a vraiment profiter de votre action lors de votre 1er mandat
Gerard refais nous rêver !

1OO pensées pour VOUS ! a dit…

@ Anonyme,

Emplois en 97-99.
Des emplois "jeunes" surtout, d'avance précaires puisqu'il n'en reste rien, et pendant une période de légère croissance.

Mon avis, qui vaut ce qu'il vaut :

-hier, aurait pu faire mieux ( en effet : remember 2002...)

-aujourd'hui, aurait dû faire mieux. La crise, la Grèce,...

GE

Anonyme a dit…

GE

Les emplois jeunes, c'est au maximum 350.000 personnes, alors que 2 millions d'emplois ont été créés.

Pour 2002, DSK n'était pas dans le gouvernement, il est parti en 2000, mais Jospin et son équipe n'ont pas perdu sur l'économie, mais on le sait, sur la sécurité, sur un manque de perspective en deuxième partie de mandat, sur une mauvaise campagne.

Aujourd'hui, pour la Grèce, quand un Etat est en faillite complète, ne peut plus payer ses fonctionnaires, vend ses deux principaux ports et n'arrive plus à trouver de l'argent, trop facile de dire que c la faute de DSK, qui d'ailleurs est celui qui a prêté à meilleur prix à la Grèce. Après, oui, les solutions sont dures, mais c un Etat en faillite, faut pas tout mélanger.

1OO pensées pour VOUS ! a dit…

@ Anonyme,

Et la gestion de la crise a-t-elle été faite, oui ou non, en augmentant inconsidérément la masse monétaire, au seul profit des banques voleuses ?

GE

jean-yves a dit…

bjr je suis pas socialiste je voterais pour lui il faut qu il se presente en 2012 et la nous repartirons d un bon pied je lui fait confiance